Dans nos bras, Il y a autant d'amour que de funérailles Il y a autant d'absences, autant d'absences que de retrouvailles Je n'en reviens toujours pas Que l'on puisse porter tout ça Chaque jour, chaque nuit Jusqu'au tout dernier jour...
Ta petite main dans la mienne,
tes yeux dorés qui pétillent,
tes cheveux camels,
ton petit rire,
ta moue boudeuse,
tes câlins,
ta démarche de grande dame,
nos discussions,
mes crises/tes crises,
les bisous que tu réclames - toujours le dernier - le soir au coucher,
ton insolence naturelle.
Je suis en rassemblement. J'ai écarté les bras et les ai resserrés sur ce qu'il y avait là, tout près. En autarcie et en silence.
Cela pourrait sembler destructeur, ça pourrait ressembler à un mouvement dépressif. Ce n'est pas le cas.
C'est une concentration des morceaux émiettés de ma vie, en un seul lieu : en moi. Je me sens resserrée, plus construite. Paradoxe de la mort qui a frappé notre chair et détruit notre vie.
Léopold a changé ma vie. Définitivement. J'ai perdu mon fils, j'ai quitté mon père, rompu certaines amitiés, et abandonné la seule profession que j'aie jamais imaginé exercer. Et si tout semble
dévasté, et si je semble avoir tout quitté, ou tout perdu, il n'en est rien. Ce qu'il m'a donné est inestimable. C'est un acquis pour toujours.
Je n'ai pas le sentiment de reconstruire, mais de construire. Et c'est peut-être la première fois. Léopold, c'est ma force. Il est là, il est en moi. Sa naissance, sa maladie, son décès, font
partie de moi. Et ma peine est une bulle en moi.
Je ne suis plus la même. Ça semble tellement bateau comme phrase. Je dirais, je suis davantage moi-même. Je me rassemble pour me ressembler davantage. Et même s'il me reste peu, je suis en accord
avec ce que j'ai entre les doigts. Le semblant n'est plus permis.
Je suis restée silencieuse.
Je n'étais pas très loin, mais je n'étais pas tout près, c'est vrai.
J'étais dans mes pensées, dans mon tourbillon de mots.
J'étais occupée à courir après ce fil invisible,
comme on court après la ficelle d'un cerf-volant,
et quelques fois je suis restée sur le sable à me dire que je devrais courir après,
ce fil.
J'étais occupée par ce nouveau boulot.
C'a été mouvementé, remuant.
La psy nous a dit que nous avions tous les deux une belle capacité de rebondir.
J'ai sautillé de droite à gauche,
un peu sur place,
et j'ai fait beaucoup de bruit,
toute seule dans mon petit bureau,
moi silencieuse.
Je suis partie en claquant la porte.
Et on m'a proposé un job inespéré.
Je m'appelle Sarah, j'ai 28 ans, je suis mariée, j'ai eu deux enfants,
et j'ai enfin trouvé un boulot qui ne me donne pas envie de partir en courant.